Exporter un château aux États-Unis ?

Exporter un château aux États-Unis ?

3 mai 2019 0 Par Pas Si Secret

             Si la France compte des milliers de châteaux, tous n’ont pas une histoire aussi invraisemblable que celui de Neuvicq-le-Château, en Charente-Maritime. Car en plus d’être l’une des demeures du plus célèbre cocu de l’Histoire, il a aussi failli être démonté, puis envoyé en Amérique pour y être tout simplement… reconstruit.

À quoi ressemblait-il ?

Rendu cocu par… Louis XIV !

La Marquise à Neuvicq ?

Abandonné, vidé, démoli…

Démonter et remonter le château pierre par pierre

Le sauvetage

Des bénévoles pour tout rénover

Infos pratiques

🎁 Galerie photos

🎁 Le témoignage intégral d’Alex Porchaire

🎁 Reportage vidéo

À quoi ressemblait-il ?

             On ne sait pas de quand date précisément le premier château de Neuvicq, mais des traces semblent indiquer la présence d’une motte féodale au XIIe siècle, puis des fortifications au XIIIe siècle. Jusqu’à la Révolution, le château changera de propriétaire de nombreuses fois au gré d’héritages ou de rachats. Pendant ce temps, il évoluera, s’agrandira et verra certaines parties modifiées pour adopter un style Renaissance. Mais il est difficile de savoir à quoi ressemblait la bâtisse à cette époque, puisqu’on n’a retrouvé assez peu de documents.

Dessin extrait du livre Le Château de Neuvicq,
de Daniel Duverger

             C’est en 1679 que l’histoire prend une drôle de tournure. Cette année-là, par un jeu d’héritage, le château devient la propriété de Louis-Henri de Pardaillan, plus connu sous son titre de Marquis de Montespan.

Rendu cocu par… Louis XIV !

             Le Marquis est un drôle de personnage. Perpétuellement endetté, il se marie avec Athénaïs de Montespan, dont il est éperdument amoureux et avec qui il aura trois enfants. Pour lui assurer une vie correcte, il part à la guerre mais plusieurs déboires l’empêchent de connaître la gloire. En 1663, les insurgés qu’il doit réprimer à Marsal, en Lorraine, se rendent avant même le début des combats. L’année suivante, il sauve héroïquement le chevalier Saint-Germain, un proche du roi, qui lui promet de rapporter son acte de bravoure ! Mais il meurt juste après, le tout sans autre témoin.

Le Marquis de Montespan,
de son vrai nom Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin

             En 1667, alors qu’il est sur le front des Pyrénées depuis onze mois, le Marquis est blessé. De retour à la cour, il trouve sa femme enceinte. C’est ainsi qu’il apprend que la Marquise est devenue la favorite du Roi Soleil, avec qui elle aura tout de même huit enfants. À l’époque, cette situation est vue comme un honneur pour les maris qui peuvent bénéficier de privilèges.

La Marquise de Montespan

             Mais le Marquis, lui, voit rouge et n’accepte pas de se faire cocufier par le roi. Pendant plusieurs semaines, il retourne tout Paris pour dénoncer le comportement de Louis XIV (un roi tout-puissant, quand même !) et il orne même son carrosse de bois de cerfs, symbolisant les cornes du cocu. Mieux : il ira même voir des prostituées en espérant attraper la vérole, qu’il compte transmettre à sa femme pour qu’elle contamine le roi. Mais son plan est déjoué. Ses frasques agacent le roi qui finit par l’emprisonner quelques jours, avant de l’expulser de la cour de Versailles.

Le carrosse orné de cornes illustre le roman de Jean Teulé Le Montespan, biographie du pauvre Marquis

La Marquise à Neuvicq ?

             Cet épisode est l’un des plus célèbres de l’histoire de la royauté. Mais la Marquise est-elle seulement venue à Neuvicq ? Il semblerait que non : même si le château appartenait au couple, seul son mari s’y est rendu à quelques occasions, notamment pour régler des affaires urgentes ou pour rendre la justice. En temps normal, il en laisse la gestion à son personnel.

             En revanche, il est peut-être à l’origine du pavillon Renaissance, renommé “pavillon Louis XIV” (ironique, non ?) et qu’on peut aujourd’hui visiter. Ce pavillon fut construit contre la tour du XVe siècle, certainement pour faire des économies. Mais on sait que le Marquis avait des problèmes financiers, et Daniel Duverger, dans son livre Le Château de Neuvicq, pense que cette extension fut bâtie bien avant ou juste après le passage du Marquis de Montespan.

La partie intérieure de la tour supporte aujourd’hui une partie de la charpente

Abandonné, vidé, démoli…

             L’Histoire suit son cours jusqu’à la Révolution. Alors que la noblesse a tendance à perdre la tête, le Marquis de Charras, propriétaire du château de Neuvicq, revend l’édifice à la famille Martell, des banquiers. Mais les terres ayant été attribuées aux paysans, le nouveau propriétaire se retrouve avec un château à entretenir sans en avoir les revenus. Au fil des années, le bâtiment est alors abandonné et vidé de son contenu : les meubles, les boiseries et les tableaux sont revendus. Les parties les plus anciennes sont même détruites et servent à construire quelques maisons dans le village.

Parmi les belles pièces du château, certaines portes ont conservé leur charme d’antan

             Enfin en 1904, le propriétaire, Étienne Clais, décide de vendre le château ruineux à une entreprise de démolition. Et c’est là que la légende entre en scène.

Démonter et remonter le château pierre par pierre

             Selon le récit transmis oralement depuis cette époque, les démolisseurs souhaitent démonter le château pierre par pierre, les numéroter et les envoyer aux États-Unis. Là-bas, ils l’auraient tout simplement… reconstruit. L’Amérique étant une jeune nation avec peu de monuments historiques, on peut comprendre l’intérêt des Américains pour ce château de style Renaissance.

             En réalité, on ne sait pas ce que serait devenu le château. Il semblerait que les démolisseurs aient bien eu des clients américains, mais était-ce pour reconstruire entièrement le bâtiment outre-Atlantique ou pour partager ses parties nobles (pierres de taille, boiseries, fenêtres…) entre différents propriétaires ? Difficile de le savoir…

Le sauvetage

             Toujours est-il que le château est en vente et que les habitants ne veulent pas le voir quitter leur village. Sous la pression de son épouse, qui jouait dans la ruine étant petite, le maire Alphonse Porchaire propose au conseil municipal de racheter le bâtiment au prix demandé par Étienne Clais, soit 12500 francs. Les débats auraient duré toute la nuit et se seraient achevé à 6 heures du matin sur un vote à l’unanimité (Retrouvez le témoignage de son petit-fils à la fin de cet article).

Alphonse Porchaire

             Le château est donc racheté par la commune qui contracte un emprunt, malgré un budget très serré. Elle demande alors aux habitants une participation pour parer aux rénovations les plus urgentes, et tous mettent la main à la poche. Ce n’était pourtant pas gagné car cette année-là, des campagnols ont ravagé les cultures, réduisant les revenus des Neuvicquois. Mais le maire souhaite installer la mairie dans le château avec un bureau de Poste et un télégraphe, faisant entrer le village dans la modernité. C’est sans doute ce qui a motivé ses administrés.

Des bénévoles pour tout rénover

             Le second sauvetage intervient en 1912, lorsque le château est classé Monument Historique. Dès lors, il peut bénéficier de subventions pour les rénovations. Et le travail ne manque pas : il faut refaire la charpente et restaurer toutes les pièces… Tout au long du siècle, il connaîtra différentes vies : hôpital pour blessés lors de la Première Guerre mondiale, logements, salle d’exposition… jusqu’en 2014.

L’une des salles d’exposition tout juste rénovée par les bénévoles

             Cette année-là, l’Association pour la mise en valeur et l’animation du château et de son site (Amacs) décide de prendre les travaux en main. Elle souhaite y poursuivre les expositions d’artistes locaux tout en faisant visiter le château. Avec ses bénévoles, elle lance une série de rénovations, qui commencent avec le boudoir et la salle de musique. Chaque année voit une nouvelle partie du château refaite à neuf. Chaque pièce est scénarisée pour retracer l’histoire du bâtiment, les personnalités qui l’ont possédé, les événements qui s’y sont déroulés… Un ensemble qui peut être découvert jusqu’à la fin septembre.

Infos pratiques

Château de Neuvicq-le-Château
Le Bourg
17490 Neuvicq-le-Château

06 83 28 94 47

06 14 67 46 13
amacs@laposte.net
www.chateau-de-neuvicq-le-chateau.com

Horaires des visites (2019)
20 avril – 23 juin
Voir calendrier pour les jours de visite

 

29 juin – 1er septembre
Tous les jours 14h30 à 18h30


7 au 29 septembre
Voir calendrier pour les jours de visite

Galerie photos

Le témoignage intégral d’Alex Porchaire

Reportage vidéo