Le premier homme volant de l’Histoire

Le premier homme volant de l’Histoire

14 janvier 2019 0 Par Pas Si Secret

Si vous avez vu la vidéo sur le général volant,

vous pouvez sauter directement à la fin de cet article en cliquant ici.


             Aussi incroyable que cela puisse paraître, cela fait plus de 200 ans que l’être humain vole. Si l’Histoire a retenu les vols planés de l’Allemand Otto Lilienthal dans les années 1890, ou le célèbre aérostat des frères Montgolfier en 1783 (même s’il ne permet pas à un humain de voler par lui-même), c’est qu’elle a presque complètement oublié l’exploit d’un Angoumoisin qui a réussi cet exploit en premier en 1801.

S’envoler comme les oiseaux : le premier essai

             Nous sommes le 30 juillet 1729 à Angoulême. Dans cette ville qui domine la vallée de la Charente naît Guillaume Resnier. À cet instant, personne ne se doute de l’incroyable vie qu’il mènera.

Portrait de Guillaume Resnier par Joseph Castaigne,
d’après une gravure (Collection Lambert-Blanc-Fontenille)

            Le jeune Guillaume grandit et s’engage dans l’armée à 16 ans, devenant enseigne. Un an plus tard, il achète sa propre compagnie et devient capitaine. Il servira alors dans toutes les guerres sous Louis XV et Louis XVI, pourchassera le célèbre contrebandier Mandrin en Savoie, fera partie de l’ambassade du roi de France au Maroc, ira aux Antilles… Une carrière bien remplie qui ne lui permet pourtant pas de dépasser le grade de capitaine, car il n’est pas noble. Il est d’origine bourgeoise.

             C’est à cette période, en 1787, qu’une idée lui vient : voler. Il fabrique un drôle d’engin en taffetas, fil de fer et roseaux fortement inspiré des oiseaux. Grâce à des poignées et des étriers, il peut actionner ses ailes avec ses bras et ses ailes de queue en pliant les genoux. Le capitaine Resnier pense, avec force calculs sur la physique de l’air, pouvoir s’élever en battant des ailes.

La machine volante utilisée par Guillaume Resnier,
telle qu’il l’a dessinée dans son livre La République Universelle

             Selon ses dires, il y serait parvenu et serait monté à quelques mètres avant de retomber au sol, cassant sa machine. Il dira que cet échec est dû à sa condition physique (il a 58 ans à ce moment-là) et il suggère aux jeunes de s’emparer de son invention pour tenter leur chance.

Une fantaisie qui manque de lui coûter son grade

             Deux ans plus tard, la Révolution éclate. Républicain convaincu, Guillaume Resnier peut désormais monter en grade car les privilèges de la noblesse sont abolis. Il participe là encore à tous les conflits de la Révolution et termine sa carrière en tant que général de brigade.

             Pourtant, le Comité de Salut Public, premier organe de gouvernement révolutionnaire, le destitue de son grade. Motif : il est noble. En effet, le général Resnier a, dans sa jeunesse, adopté la particule “de Goué”, en référence à un fief que possédait son père près de Mansle, en Charente. Mais il est bien d’origine bourgeoise et cette fantaisie lui coûte un grade acquis après une carrière militaire bien remplie. Mais soupçonné d’être noble, il risquait bien pire… Il retourne alors à Angoulême pour trouver des documents attestant de ses origines bourgeoises. Il obtient gain de cause et est finalement réintégré trois mois plus tard. Le culot a payé, et ce n’est pas terminé…

Un saut de 75 mètres de haut

             Le général Resnier arrive enfin à la retraite. Il retourne dans sa ville natale et à 72 ans, décide de reprendre son projet de machine volante. Au printemps 1801, il s’élance du rempart du Midi pour sa première véritable tentative. Malheureusement, il dévale les rochers plus qu’il ne vole, mais il en sort indemne.


Le rempart du Midi, d’où s’élance le général, se situe juste devant chez lui (la maison qui fait l’angle).
Le rempart fait une vingtaine de mètres de haut.

             Il retente sa chance un peu plus tard, cette fois en sautant du pont de Saint-Cybard qui enjambe le fleuve Charente. Il fait installer des barques pour le récupérer. Muni de sa machine, il saute d’une hauteur d’environ 6 mètres et réussit à voler sur 50 mètres, avant de tomber dans l’eau. Là encore, il s’en sort sans blessure mais il vient d’accomplir un sacré exploit pour l’époque.

             Sa dernière tentative aura lieu un peu plus tard depuis le rempart de Beaulieu, au nord de la ville. Il monte sur la tour Ladent, une tour carrée située le long de l’actuel lycée Guez-de-Balzac. Cette fois, le général Resnier s’apprête à sauter d’une hauteur de 75 mètres. Une chute potentiellement mortelle, mais il s’élance quand même.

La photo ne fait pas honneur à la réalité, mais la hauteur est vraiment vertigineuse !

             « Il décide de s’élancer de cette tour Ladent qui est à 75 mètres au-dessus de la Charente. Et là, chose extraordinaire, il réussit un vol de 300 mètres de long. Il traverse la Charente et il se casse la figure dans un champ. Ceux qui connaissent bien Angoulême savent que la Charente n’est pas au pied du rempart, elle est vraiment loin. Alors on ne sait pas : il a dû battre des ailes au début, mais après il a dû planer, se rendant compte qu’il valait mieux planer que battre des ailes. Il serait tombé vers les actuels chais Magelis, la maison alsacienne. Là il se casse une jambe mais, ma foi… »

André Berland, auteur de la biographie Le Général Volant : Guillaume Resnier


Pourquoi l’a-t-on oublié ?

             À 72 ans, Guillaume Resnier devient ainsi le premier homme à avoir plané sur une aussi longue distance. Un véritable exploit qui, malheureusement, ne laissera pratiquement pas de traces. En effet, il n’existait pas de journaux à Angoulême à cette époque, et les seuls témoignages qui nous sont parvenus ont été rapportés 30 ou 40 ans après les faits. C’est pour cela qu’on retient surtout le vol plané d’Otto Lilienthal, qui avait su médiatiser sa prouesse et attirer les foules.

Otto Lilienthal et sa machine volante, dans les années 1890

             Après cet épisode, Guillaume Resnier ne fera pas de nouvelle tentative. Il profite de sa retraite et s’éteint dans son lit à presque 82 ans, le 2 février 1811. Si son histoire aérienne est presque tombée dans l’oubli, sa carrière militaire est toujours saluée, notamment au musée du Bourget. À Angoulême, une poignée de passionnés ont commémoré le bicentenaire de sa mort en 2011, et l’auteur André Berland lui a consacré un livre, Le Général Volant : Guillaume Resnier. Une reconnaissance certes tardive, mais qui montre combien cet homme farfelu était un visionnaire malchanceux.

Le Général Volant : Guillaume Resnier
relate la vie hors du commun du premier homme volant, grâce aux deux années de recherches et d’enquêtes de son auteur, André Berland

À la fois opposant et soutien à Napoléon

             Républicain convaincu, Guillaume Resnier voit d’un mauvais œil l’ascension de Napoléon Bonaparte comme consul. Lorsque ce dernier demande par référendum s’il peut être nommé consul à vie, le général fait partie des rares personnes à s’y opposer clairement. « Il fallait être courageux pour dire non, surtout qu’on signait sur un registre, on donnait son nom et son adresse. Alors pour dire non à Bonaparte… », explique André Berland. Heureusement pour lui, il ne sera pas inquiété.

             Pourtant, Guillaume Resnier s’aperçoit que Napoléon, désormais empereur, veut conquérir l’Angleterre. Par écrit, il lui propose alors sa machine volante et lui suggère d’en équiper ses soldats. « Je ferai voltiger vos régiments de voltigeurs », écrira-t-il en faisant référence aux fantassins napoléoniens. En cela, il est un précurseur de l’idée d’une “armée de l’air”, une idée mise en place 114 ans plus tard lors de la Première Guerre mondiale avec les premiers avions. Si l’empereur ne lui répond pas, Lazare Carnot, membre du gouvernement, le fera et lui écrira qu’il est encore trop tôt.

Un drôle de lit-ascenseur

             Non content d’avoir créé une machine volante, Guillaume Resnier a aussi bâti sa maison. Une maison bien curieuse puisqu’elle compte un étage… mais aucun escalier. En effet, c’est par son lit que Guillaume Resnier y accède. Le soir venu, le général se couche au rez-de-chaussée et par un système de cordes, de poulies et de contrepoids, il ouvre son plafond et fait grimper son lit jusqu’au premier étage. Certains avancent que Guillaume Resnier, méfiant, s’assurait ainsi que personne ne pouvait l’approcher dans son sommeil.

             Une excentricité qui ne vient pas seule car il installe aussi sur le toit le premier paratonnerre d’Angoulême, après avoir entendu parler de l’expérience de Benjamin Franklin avec la foudre. Il lui enverra d’ailleurs des lettres mais ne recevra jamais de réponse.

Précurseur d’Internet ?

             En plus d’avoir imaginé le concept d’armée de l’air avant l’heure, Guillaume Resnier fut aussi un utopiste très en avance. En 1788, il publie La République Universelle ou l’humanité ailée réunie sous l’Empire de la Raison, un énorme livre de près de 400 pages qui décrit en détails sa cité futuriste idéale, de son architecture à son modèle de société basé sur la République. Mais étant militaire et servant sous la royauté, il se fait éditer à Genève et sous un pseudonyme, Reinser (son nom en verlan), pour éviter les ennuis.

             Il y explique que l’humanité pourra se réunir, communiquer et commercer grâce au vol, chacun possédant sa propre paire d’ailes. Sans aller jusqu’à préfigurer Internet, Guillaume Resnier décrit une cité utopique un siècle avant les premiers socialistes utopistes tels Saint-Simon et son phalanstère, Charles Owen et ses communautés ou encore Étienne Cabet et ses Icaries.