Les mines d’argent de Melle

Les mines d’argent de Melle

3 avril 2019 3 Par Pas Si Secret

             Savez-vous comment on fabrique une pièce d’un euro ? C’est assez complexe mais passionnant et surtout, relativement rapide aujourd’hui. Mais il y a 1300 ans, c’était une autre paire de manches ! Pas de machines, pas d’outils performants, pas de techniques avancées… et pourtant, sous le règne de Charlemagne et pendant des siècles, l’atelier de Melle réussira à produire suffisamment de pièces (des deniers et des oboles) pour créer une monnaie unique dans tout l’empire.

Quand y’a plus d’or, y’en a encore ?

Grignoter la roche centimètre par centimètre

4 tonnes d’argent par an… gramme par gramme

Frapper la monnaie, pièce par pièce

Pas de bois, pas de chocolat

Infos pratiques

Le reportage vidéo

🎁 Galerie photos

🎁 Vidéo et son d’ambiance dans les mines


Quand y’a plus d’or, y’en a encore ?

             Jusqu’au début du VIIe siècle, on utilise des pièces d’or pour commercer. Mais on commence à en manquer, il faut donc trouver une alternative.

             À partir de 675, on se tourne vers l’argent. Les rois mérovingiens puis carolingiens exploitent les mines de Melle, dans les actuels Deux-Sèvres. La ville, connue sous le nom de Medolus, Metullo ou encore Metallum, selon les époques, est la seule mine d’extraction d’argent connue. Entre la fin du VIIe et la moitié du VIIIe siècle, plusieurs villes poitevines émettent de la monnaie avec de l’argent issu des mines melloises.

             Mais en 794, Charlemagne décrète la création d’une monnaie unique, le denier. Puis en 864, son petit-fils Charles II Le Chauve publie l’Édit de Pitres, qui déclare que dix ateliers seulement peuvent fabriquer la monnaie. Melle en fait partie et rayonne sur la grande Aquitaine. Son atelier sera en activité jusqu’en 1189.

Un denier portant le monogramme de Charlemagne
Denier de Louis Le Pieux.
Au centre, on voit les outils du monnayeur ;
tout autour, l’inscription de son atelier d’émission, Metallum (Melle)

Grignoter la roche centimètre par centimètre

             Pourtant, Melle n’abrite pas de filon d’argent pur… mais de la galène, un minerai qui contient entre 1 et 3% d’argent seulement ! Celui-ci est surtout composé à 80 % de plomb et 13% de soufre. Ainsi, un kilo de galène ne donne qu’un à trois grammes d’argent.

La galène extraite à Melle

             Mais à l’époque, on savait très bien extraire et travailler la galène. Et pourtant, quelle galère ! Déjà parce que les filons se trouvent dans de la roche calcaire gorgée de silice, ce qui la rend impossible à casser avec les outils en fer de l’époque. Les ouvriers doivent procéder par abattage au feu, une technique efficace mais terriblement lente.

             Pour cela, il suffit de poser des bûches à la verticale contre la paroi et d’y allumer un feu. La température monte à plus de 600°C en trente minutes, ce qui fait éclater la roche sur quelques centimètres d’épaisseur seulement. C’est ce qui donne aux galeries leur forme arrondie.

Abattage au feu pratiquée dans les mines de Melle par des chercheurs

             Une fois la roche refroidie, on casse les parties fragilisées avec une masse, on récupère le minerai… et on recommence.

             En 400 ans d’exploitation, les ouvriers ont ainsi creusé près de 30 kilomètres de galeries. C’est un véritable labyrinthe qui zigzague entre 10 et 40 mètres sous terre, un labyrinthe très étroit mais bien pensé. En effet, les galeries étaient plutôt étroites et basses (une soixantaine de centimètres environ), juste de quoi permettre aux ouvriers de travailler. Les gravats étaient évacués dans les tunnels précédents pour faciliter le passage, et des piliers de soutènement parsèment les mines pour renforcer les galeries. Enfin, des cheminées étaient percées tous les 10 à 15 mètres pour évacuer la fumée des abattages au feu et faire circuler l’air.

L’eau s’infiltre dans les mines grâce aux cheminées.
C’est là qu’on trouve ces formes calcifiées, à cause de l’eau qui s’infiltre

             Une fois un filon repéré (ce qu’on appelle un karst), les miniers le suivaient et en extrayaient la galène. Aujourd’hui, on peut voir ces anciens karsts au plafond, ainsi que des trous où des géodes de galène ont été extraites. C’est pour cela que les galeries serpentent et ne suivent pas de ligne droite.

Deux karsts au plafond, qui ont été vidés de leur galène il y a plusieurs siècles
Ce dôme contenait autrefois des géodes de galène, qui ont été récupérées. Il ne reste plus que ces nombreux trous

4 tonnes d’argent par an… gramme par gramme

             Les blocs extraits sont lavés et concassés pour ne garder que la galène, qui est envoyée aux ateliers métallurgiques. On commence par éliminer le soufre et plaçant le minerai dans un bas-fourneau. En fondant, le soufre s’échappe dans l’air et on récupère un métal fondu : le plomb d’œuvre, un mélange de plomb et d’argent.

Le plomb d’oeuvre obtenu après le passage dans le bas-fourneau

             Vient l’étape la plus délicate : la coupellation. On place le plomb d’œuvre dans des coupelles à l’intérieur d’un four à très haute température, environ 1000°C, pour séparer les deux métaux. En effet, le plomb fond à 327°C mais l’argent, lui, ne fond qu’à 960°C !

             Ensuite, à l’aide d’un soufflet, on injecte de l’air dans le four pour que le plomb en surface s’oxyde, ce qui donne la litharge. On récupère cette litharge grâce à un outil et on recommence jusqu’à ce qu’il ne reste que l’argent dans les coupelles. « C’est comme retirer la crème du lait entier quand on le fait chauffer », illustre Jean-Philippe Marnais, directeur du site des Mines d’Argent des Rois Francs.

La coupellation permet de séparer le plomb et l’argent à très haute température

             Pour plusieurs kilos de plomb récupéré (qui est utilisé pour faire de la vaisselle, des couvertures de bâtiments, des canalisations…), on obtient quelques grammes seulement d’argent. Et pourtant, les mines melloises produiront quatre tonnes de métal précieux chaque année !

Frapper la monnaie pièce par pièce

             Mais ce n’est pas encore terminé. Il faut maintenant fabriquer les pièces, et il reste du travail. L’argent obtenu est coulé en lingots, puis martelé en une feuille de moins d’un millimètre d’épaisseur. Ces feuilles sont découpées en carrés, qu’on arrondit et qu’on lime pour ajuster le poids.

             Ensuite, on utilise une matrice (une pièce de métal gravée) pour graver les pièces. La monnaie vierge est placée sur la matrice, puis elle est frappée pour y imprimer le motif, ici le monogramme de Charlemagne. Notre denier est enfin prêt ! Il ne reste plus qu’à recommencer pour chaque pièce de monnaie, une par une.

Frappe de la monnaie

             La monnaie est valable dans tout l’empire et même au-delà. En effet, puisque les pièces sont en argent, leur poids en métal précieux permettait de commercer avec d’autres civilisations.

Pas de bois, pas de chocolat

             L’exploitation de l’argent s’arrête à la fin du Xe siècle car le bois, essentiel pour l’abattage au feu, vient à manquer. Les mines tombent alors dans l’oubli pendant plus de mille ans. On les redécouvre au XIXe siècle lorsque des carriers exploitent la roche melloise et tombent sur de curieuses galeries.

             Aujourd’hui, les mines ne sont plus exploitées mais elles servent toujours. En effet, des chercheurs du CNRS les utilisent pour redécouvrir les anciennes techniques de minage grâce à l’archéologie expérimentale : ils testent différentes méthodes d’extraction, de fonte et de raffinage, conformément aux rares écrits de l’époque, pour savoir comment nos ancêtres travaillaient. Ils travaillent également sur la paléométallurgie, notamment sur l’argent, le cuivre et les alliages utilisés entre l’Antiquité et la Renaissance.

Les chercheurs procèdent par archéologie expérimentale. Ici, l’étape de la coupellation

             Et bonne nouvelle : vous pouvez les voir travailler en direct ! Cette année, ils seront présents sur le site du 15 juin au 6 juillet pour réaliser de l’abattage au feu, nettoyer les blocs, fondre la galène, procéder à la coupellation… Une véritable plongée dans l’Histoire !

             Enfin, sachez que les visites hivernales vous permettront d’observer des chauves-souris qui utilisent les galeries pour s’abriter. Il s’agit de grands et petits rhinolophes, deux espèces protégées qui aiment les endroits calmes, sombres et tempérés pour passer la saison froide. Avec 13°C de température toute l’année, les mines d’argent de Melle sont un repaire de choix pour elles.

Les chauves-souris passent l’hiver à l’abri dans les anciennes mines

Infos pratiques

Mines d’argent des Rois Francs
Rue du Pré du Gué
79500 Melle

05 49 29 19 54
info@mines-argent.com
www.mines-argent.com

Horaires des visites (2019)
1er avril – 14 juin
En semaine à 15h
Week-ends et jours fériés à 14h30 et 16h30

 

15 juin – 31 août
Tous les jours à 10h30, 14h15, 15h, 15h45, 16h30 et 17h15


1er au 30 septembre
En semaine à 15h
Week-ends et jours fériés à 14h30 et 16h30


1er octobre – 3 novembre
Tous les jours à 15h

Le reportage vidéo

Galerie photos

Vidéo et son d’ambiance dans les mines