Les bizarreries du Fort Enet

Les bizarreries du Fort Enet

25 juillet 2019 0 Par Pas Si Secret

Il fut construit tardivement, tricha sur son blindage, tira sur ses alliés et connaîtra un décès vraiment pas banal. Bienvenue au fort Enet !

La réponse aux brûlots anglais

Le fort qui triche !

Tir allié

Un drôle de décès

 

🎁 Section bonus 🎁

📺 Le reportage vidéo

📷 Galerie photos

🌍 Photos 360°

La réponse aux brûlots anglais

          Perché sur une petite île et accessible à marée basse, Enet fait partie de ces forts connus de tous, et pourtant mystérieux. On l’observe en gagnant l’île d’Aix, sans jamais en deviner ses secrets. Pourtant, ce drôle de fort a de curieuses histoires à raconter !

          Pour commencer, sa création est directement liée au désastre militaire que fut la bataille des brûlots, en 1809. En effet, les Anglais ont réussi à s’avancer dans la rade pour achever certains navires au canon, et quelques soldats ont même débarqué sur l’île d’Enet, menaçant de couper la liaison avec l’île d’Aix. Si cette dernière tombe, c’est la rade entière qui est compromise, et par extension l’Arsenal de Rochefort.

Carte Enet
Carte de la pointe de la Fumée et de l’île d’Enet en 1753, avant la construction du fort

          Napoléon ordonne donc la construction d’une fortification qui doit croiser les tirs avec l’île d’Aix et la redoute de l’Aiguille, à Fouras. En 1812, le fort Enet est achevé, mais il est plus petit et plus sommaire que ce qu’on connaît aujourd’hui. Il s’agit d’un fort en demi-cercle avec une pointe saillante, deux bâtiments et une butte de terre dans l’enceinte.

Le fort qui triche !

          En 1840, il est réhaussé pour le rendre plus imposant, mais les progrès de l’artillerie, qui tire des obus plus loin et plus destructeurs le rendent très vite obsolète. On le transforme alors une dernière fois pour y intégrer des canons modernes, ce qui lui donne sa forme actuelle.

          Mais “transformer” ne veut pas forcément dire “renforcer”, et c’est l’un des secrets d’Enet. Pour le rendre plus résistant face aux obus et camoufler sa vraie forme, on jette de la terre le long des remparts semi-circulaires.

          Du moins, c’est ce qu’on veut faire croire. En réalité, les buttes sont… creuses ! On a simplement construit un plafond bétonné au-dessus des anciennes casemates, avant de le recouvrir de terre. Cela laisse donc croire à l’ennemi qu’Enet est extrêmement résistant, alors qu’un ou deux obus peuvent l’éventrer.

Enet plafond béton
L’une des anciennes casemates recouverte d’un plafond en béton et de terre,
pour camoufler la vraie forme du fort

Tir allié

          Malgré l’ingéniosité de ce fort, Enet n’a jamais eu l’occasion de tirer sur des ennemis, pour la simple et bonne raison qu’il fut construit trop tard. Sûrement a-t-il joué un rôle de dissuasion, mais il est difficile d’en être sûr.

        Mais il a quand même bombardé une cible ! Alors qu’il est doté de canons d’artillerie, l’armée veut tester la résistance de ses fortifications. En 1863, on ordonne donc à Enet de tirer sur… l’île d’Aix. C’est le fort Liédot qui en fera les frais.

Un drôle de décès

          Devenu inutile militairement, Enet est reconverti en prison. En 1871, il hébergera des Communards qui attendent leur déportation vers la Nouvelle-Calédonie. Sauf un, qui décèdera d’une bien curieuse façon, en plein mois d’août. En effet, un rapport mentionne son décès alors qu’il se baignait. Il ne s’évadait pas, sinon le rapport l’aurait mentionné. Il se baignait, tout simplement.

          Enet basculera dans la vie civile en 1956, lorsqu’il est acquis par des particuliers. Il est racheté par deux familles en 1977 qui le restaurent en partie, puisque la bâtisse a souffert du séisme de 1972.

Journal Sud Ouest Enet Séisme 1972
Extrait du journal Sud-Ouest relatant le séisme de 1972

          Un accord est alors passé avec les propriétaires : en échanges d’aides publiques pour les travaux, le fort est classé Monument Historique en 1994 et il devra ouvrir ses portes au public pendant 20 ans, ce qu’il a fait entre 1996 et 2016. Mais les visites se sont poursuivies au-delà, et il est toujours possible d’explorer une partie du fort (le reste sert d’habitation).

Section bonus

          Vous en voulez plus ? Voici les bonus liés au reportage « Les bizarreries du fort Enet ». Si vous ne l’avez pas vu, l’épisode est disponible ci-dessous. L’article et les photos sont publiés dans le journal L’Hebdo de Charente-Maritime (version PDF ici).

Le reportage vidéo

Galerie photos

Photos 360°