Les mille vies de la Redoute de l’Aiguille

Les mille vies de la Redoute de l’Aiguille

18 juillet 2019 0 Par Pas Si Secret

Parmi toutes les fortifications de la rade de Rochefort, la redoute de l’Aiguille est l’une des rares qui a véritablement ouvert le feu sur l’ennemi. Mais la vie lui a réservé de drôles de surprises.

Un fort qui se déplace

Des Vikings aux Hollandais, une histoire d’invasions

Sacrée puissance de feu !

La survie des latrines

Le monde entier au chevet de l’Aiguille

 

🎁 Section bonus 🎁

📺 Le reportage vidéo

📷 Galerie photos

🌍 Photos 360°

Un fort qui se déplace

           Si vous allez sur la pointe de la Fumée, vous l’avez forcément aperçue sur le bord de la route. Une petite fortification blanche, perdue sur un grand terrain nu et grillagé, aux murs parsemés de végétation. Vous avez donc fait connaissance avec la redoute de l’Aiguille, l’une des rares à avoir ouvert le feu sur des navires ennemis.

           Elle voit le jour en 1673. À cette époque, il ne s’agit que d’une motte de terre surmontée de quelques canons, mais l’ingénieur Ferry, responsable du blindage du fort Vauban, la fortifie en 1688. Son but est simple : défendre la rade et empêcher l’ennemi de débarquer à Fouras, le point le plus stratégique pour attaquer Rochefort et son Arsenal.

carte redoute aiguille
Plan de la redoute de l’Aiguille datant de 1753

           La redoute est positionnée de façon idéale. Elle est en plein milieu de la péninsule ce qui permet de contrôler le passage. Oui, elle est construite au milieu de la pointe : alors pourquoi est-elle située sur le côté aujourd’hui ? Pour une raison simple : l’érosion et l’activité humaine ont modifié le trait de côte, ce qui a « déplacé » la redoute vers le sud-ouest.

Des Vikings aux Hollandais, une histoire d’invasions

           Sa localisation n’est d’ailleurs pas un hasard. Elle permet à l’Aiguille de couvrir aussi bien la rade que la baie d’Yves, empêchant l’ennemi de prendre Fouras à revers. Car des débarquements, la région en a connu… et de longue date ! En effet, des incursions Vikings y ont eu lieu, tout comme des attaques lors de la guerre de Cent Ans.

carte redoute aiguille point de vue
Carte de la rade et de la baie d’Yves datant de 1753.
La redoute permet de couvrir le nord et le sud de la pointe de la Fumée

           Plus récemment (pour l’époque), des soldats hollandais ont tenté leur chance. En 1672, des troupes capturent l’île Madame, à l’embouchure de la Charente. Heureusement pour Rochefort, l’Arsenal est à ses tout débuts, et les troupes se retirent. Néanmoins, cette incursion fait prendre conscience à l’armée qu’il faut protéger la rade.

Sacrée puissance de feu !

           La redoute de l’Aiguille fait partie des premières fortifications à voir le jour. Après sa fortification par Ferry, elle compte 16 canons d’une portée de 300 à 600 mètres, soit l’équivalent en puissance de feu d’une frégate. Mais à puissance de feu égale, un fort est plus efficace car il est fixe, ce qui lui permet de mieux viser.

           Ces mêmes canons retentiront en 1809, lors de la bataille des brûlots. L’Aiguille tente en effet de repousser les brûlots ennemis qui progressent face à elle, mais en vain. C’est ainsi l’une des rares fortifications à avoir véritablement ouvert le feu sur des navires ennemis.

           Dans son armement, la redoute est dotée au XIXe siècle d’un étonnant système un four à réverbère. Il s’agit d’un four permettant de chauffer les boulets de canon afin d’incendier les navires ennemis.

Schéma d'un four à réverbère redoute aiguille
Schéma d’un four à réverbère

La survie des latrines

           Mais aussi armée soit-elle, la redoute fourasine finira par s’incliner face au progrès de l’artillerie. Dans les années 1880, l’apparition de l’obus, qui permet de tirer bien plus loin et de faire plus de dégâts, la rend obsolète. L’Aiguille prendra sa retraite dans les années 1930-1950 et sera rachetée par un ostréiculteur. Celui-ci la transformera pour les besoins de son activité.

           C’est ainsi que disparaîtront la chambre de l’officier de garde, la prison militaire, les cuisine et le réfectoire. Des équipements spartiates pour les troupes, certes, mais la redoute n’était pas occupée à l’année. Elle devait servir en cas d’attaque. De cette époque, seules sont restées la poudrière et… les latrines.

           Mais l’activité humaine n’est pas la seule en cause dans le délabrement de la redoute. À cause de l’environnement marin et du manque d’entretien, la fortification se dégrade et la végétation attaque les murs.

Intérieur redoute Aiguille
L’intérieur de la redoute de l’Aiguille en 2019

Le monde entier au chevet de l’Aiguille

           Heureusement, une occasion de la sauver va se présenter en 2001. La commune la rachète, l’inscrit aux Monuments Historiques puis clôture le site pour entreprendre des travaux de restauration plutôt originaux.

           En effet, ce sont des jeunes du monde entier qui participent, chaque été, à redonner à la redoute son aspect d’antan à travers des chantiers internationaux. En plus de rénover la bâtisse, ils découvrent la culture française et échangent sur les leurs. Là où elle servait autrefois à diviser les nations, l’Aiguille est aujourd’hui un symbole d’amitié et de coopération internationale.

article chantiers internationaux redoute aiguille
Tous les ans, des jeunes du monde entier participent
à la restauration de la redoute de l’Aiguille

Section bonus

          Vous en voulez plus ? Voici les bonus liés au reportage « Les mille vies de la redoute de l’Aiguille ». Si vous ne l’avez pas vu, l’épisode est disponible ci-dessous. L’article et les photos sont publiés dans le journal L’Hebdo de Charente-Maritime (version PDF ici).

Le reportage vidéo

Galerie photos

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