Découvrez l’intérieur du Fort Boyard et ses secrets !

Découvrez l’intérieur du Fort Boyard et ses secrets !

14 août 2019 0 Par Pas Si Secret

           Il est célèbre grâce au jeu télé, mais connaissez-vous ses véritables secrets ?
Pas Si Secret vous fait découvrir l’intérieur du Fort Boyard !

Pourquoi un fort en mer ?

Napoléon, sauveur et fossoyeur de Boyard

Fort Boyard est terminé…

… mais il ne sert à rien

Maison de retraite ou boîte de nuit ?

Le film qui a sauvé le Fort Boyard

Le plus grand pari du Département

 

🎁 Section Bonus 🎁

📺 Le reportage vidéo

📷 La galerie photos

🌍 Les photos à 360°

🏰 Le modèle 3D

🌐 Pour aller plus loin

Pourquoi un fort en mer ?

           Fort Boyard, c’est l’emblème de la Charente-Maritime. Perdu entre deux îles, cerné par les flots, il est devenu célèbre dans une partie du monde pour son jeu télévisé. Pourtant, il a très mal commencé sa carrière.

           C’est sous le règne de Louis XIV qu’on décide de le construire. En effet, le passage entre Aix et Oléron est trop large pour que les tirs de canon puissent se croiser. Le chenal fait 5 kilomètres de large, quand la portée des canons est d’environ un kilomètre. L’idéal serait donc de construire un fort intermédiaire, et ça tombe bien, il existe un banc de sable pile là où il faut : la longe de Boyard.

Carte longe de Boyard
Carte de la longe de Boyard vers 1661-1662
Le saviez-vous ?
           Savez-vous d’où vient le nom « Boyard » ? L’étymologie n’évoque rien et le nom n’est pas commun.

           Il y aurait deux explications. La première, c’est que Boyard serait une version francisée de « banjaert » (prononcer « banyart »), un terme hollandais signifiant « banc de sable » que l’on doit au cartographe qui a découvert la longe. Un cartographe hollandais, donc. Le Fort Boyard signifierait alors « fort banc-de-sable ».

           L’autre explication est proposée par Johan Wilhelm Marmelstein dans la revue Neophilologus de 1949. Il y indique que le terme « boyart » ou « baïart » désignait à l’époque une partie de charpente dans une écluse de salines. Le terme fut alors déformé pour donner « boyard », donc le « fort charpente-d’une-écluse-de-salines ». Choisissez votre camp !

           Techniquement, on sait bâtir ce genre de fortification, mais il faudrait d’abord enrocher le banc de sable avant de commencer le chantier. Problème : le projet est si compliqué et si coûteux que Vauban aurait déclaré : « Il serait plus facile de saisir la lune avec les dents que de tenter en cet endroit pareille besogne ». Une déclaration dont on n’a pas retrouvé la source.

Napoléon, sauveur et fossoyeur de Boyard

           C’est en 1801 que le projet refait réellement surface. Napoléon est bien décidé à protéger ce passage, et il ordonne la construction du fort Boyard. Problème (bis) : là où le banc de sable est le plus haut, ce n’est pas au milieu du passage. On se décale et il faut rattraper 4,50 mètres de profondeur.

Premier projet Fort Boyard 1802
Premier projet datant de 1802. L’intérieur du Fort Boyard est composé de casemates
pouvant accueillir plusieurs dizaines de canons

           Pendant six ans, on enroche. L’île d’Aix toute proche fournit les matériaux nécessaires, mais le problème (ter), c’est que les tempêtes hivernales détruisent la majorité du travail accompli dans l’année. En comptant les frégates anglaises qui viennent menacer les ouvriers, ça commence à faire beaucoup. Mais on s’acharne… jusqu’en 1809.

           La bataille des brûlots (encore un souci) met un coup d’arrêt au chantier. Après l’attaque, on pourrait penser que ce fort apparaîtrait d’autant plus essentiel, mais l’empereur décide d’abandonner. Pourquoi ? Pour des raisons de coût, mais aussi d’image : la réputation d’invincibilité de Rochefort et de sa rade vient en effet de tomber. Surtout qu’après la défaite de Trafalgar, Napoléon se désintéresse de la Marine. Inutile d’y consacrer plus d’efforts.

Fort Boyard est terminé…

           Rien ne se passe pendant 28 ans. En 1837, le projet reprend, pour de bon cette fois. Rochefort est au cœur de grandes innovations, avec notamment la construction du premier bateau à vapeur de la Marine française, le Sphinx. Même si aucune menace réelle ne plane, on décide de fortifier la rade, au cas où.

           C’est à ce moment qu’on se rend compte d’une surprise : l’enrochement historique est stable. On poursuit alors ce chantier imaginé plus d’un siècle auparavant. Un bâtit la plateforme devant supporter le fort à l’aide d’un ciment hydraulique à prise rapide, et on attaque la construction du fort lui-même.

           En 1859, le fort Boyard est achevé. Enfin presque : il faut encore le protéger de la houle grâce à des blocs de calcaire immergés tout autour, puis du déferlement des vagues grâce à un éperon, qui sera réduit par rapport au plan d’origine. Enfin, pour accoster, on construit deux havres d’abordage, une sorte de petit port, du côté sud. Et en 1866, c’est la bonne : le fort Boyard est officiellement achevé !

Plan fort Boyard 1863
Plan du fort Boyard datant de 1863, avec son éperon et son havre d’abordage

… mais il ne sert à rien

           Pourtant, il est déjà inutile. Pire encore : on le savait depuis les années 1850. En effet, l’artillerie rayée, qui vient de faire son apparition, permet désormais de croiser les tirs entre Aix et Oléron, en faisant davantage de dégâts de surcroît. Mais le chantier s’est quand même poursuivi. Pourquoi ?

           Première raison : pour le symbole. Fortification commencée sous Napoléon Ier, elle sera terminée par Napoléon III, d’où son aspect dynastique. Seconde raison : pour faire la démonstration du génie militaire français.

           Se vanter c’est bien, mais le fort est toujours inutile. Pour faire bonne figure, on le dote de 30 canons sur les 74 prévus. Et encore, il s’agit de vieilles pièces. Puis on y installe le poste qui permet de déclencher électriquement les mines de fond qui barrent l’entrée de la rade. Une fonction qui occupe 5 personnes sur les 260 initialement prévues. Autant dire qu’à l’intérieur du fort Boyard, on se sent bien seul.

           Enfin, on y installe un marégraphe en 1873, un outil permettant de relever le niveau de la mer. Il restera en fonction jusqu’en 1919.

           Mais sa fonction la plus connue, c’est celle de prison. Pourtant, cette période fut très courte : Boyard n’a hébergé des prisonniers que pendant 18 mois ! Sans doute l’image d’une prison en mer, loin de tout, avec cette imposante silhouette, a-t-elle marqué les esprits.

Fort Boyard Prison
Photo d’une cellule à l’intérieur du fort Boyard – © Collection Frédéric Jezéquel

           On finit par le déclasser en 1913 après seulement 54 ans de service. Ses canons sont retirés à la dynamite, puis Boyard est laissé à la merci des assauts de la mer et des pilleurs. Son état se dégrade si vite que le havre d’abordage disparaît juste après la Seconde Guerre mondiale. Puis dans les années 1970, l’éperon a complètement disparu.

Il trouvera pourtant preneur en 1962, grâce à un particulier qui a le coup de cœur. Malheureusement, les finances manquent pour y mener un quelconque projet. Il est remis en vente dans les années 1970-1980.

Photo aérienne 1975
Photo aérienne du fort Boyard datant de 1975.
L’éperon et le havre d’abordage ont disparu

Maison de retraite ou boîte de nuit ?

           Les projets fous se succèdent alors. Bien spur, l’idée d’un hôtel est rapidement évoquée : quoi de plus surprenant que ce fort perdu au milieu des flots, sur lequel on arriverait en bateau ou en hélicoptère ! Mais le coput d’un tel projet fait tomber ce plan à l’eau.

          Deux autres idées sont alors lancées. La première : transformer le Fort Boyard en… boîte de nuit ! Et oui, à plus de deux kilomètres des côtes, le bruit de posera pas de problème. En revanche, les sorties de boîte…

          On avance alors une seconde option, bien plus calme celle-là : une maison de retraite. Dans un fort perdu en mer et ayant servi de prison… chacun appréciera le projet !

Le film qui a sauvé le Fort Boyard

           Le véritable salut viendra d’un film et d’un homme. Il s’agit de Les Aventuriers (1967), avec Alain Delon et Lino Ventura, en partie tourné sur le fort. L’homme, c’est Jacques Antoine, créateur du jeu TV La Chasse au Trésor.

          Le film raconte les aventures de Manu (Alain Delon) et Roland (Lino Ventura), qui découvrent un trésor englouti au large du Congo mais sont attaqués par des mercenaires. L’histoire les mènera sur l’île d’Aix et sur le Fort Boyard, que Roland achète pour le transformer en hôtel, avant que les deux amis ne soient retrouvés par les mercenaires. Au-delà de l’intrigue, le véritable charme des Aventuriers est qu’il permet de voir l’intérieur du fort Boyard en l’état dans les années 1960 : c’est alors une ruine très dégradée, sur laquelle la végétation a repris ses droits.

Extrait film Aventuriers
Extrait du film Les Aventuriers (1967)

           Jacques Antoine voit donc ce film et tombe sous le charme du fort. Quelques années plus tard, on le charge de créer un nouveau jeu télévisé, et c’est grâce aux Aventuriers qu’il se souvient de Boyard… et constate son potentiel. Il propose un deal au Département : il rachète le fort, puis le revend à la collectivité pour le franc symbolique. Charge à cette dernière de le restaurer et de l’entretenir. Le deal est accepté en 1989 à une courte majorité.

Le plus grand pari du Département

           En effet : si l’on connaît aujourd’hui l’incroyable succès de l’émission Fort Boyard, c’était un véritable pari à l’époque ! Associer l’image du Département à celle d’un jeu télévisé était risqué, d’une part ; mais surtout, débourser des millions de francs pour restaurer cette bâtisse, sans connaître les retombées, c’était osé !

           Les travaux commencent aussitôt et le fort se transforme : on crée la célèbre salle du trésor et son damier, ainsi que la passerelle qui dessert le premier étage. La vigie est refaite et on construit une plateforme pour accéder au port, le havre d’abordage et l’éperon ayant disparu avec le temps.

Travaux intérieur fort Boyard
Création de la salle du trésor et de la passerelle – © Carré Magique

           Le 30 juin 1990, le premier épisode des Clés de Fort Boyard est tourné. Il est diffusé une semaine plus tard et rencontre un franc succès. Un succès qui ne s’est pas démenti depuis, alors que l’émission a fêté cette année (2019) ses 30 ans d’existence et qu’un spin-off a été annoncé. Jusqu’où ira l’histoire insensée du Fort Boyard ?

– Exposition virtuelle « Fort Boyard, les aventures d’une star« , par le Département de la Charente-Maritime.

www.fort-boyard.fr

www.fortboyard.net

www.fan-fortboyard.fr

Section bonus

           Vous en voulez plus ? Voici les bonus liés au reportage « À l’intérieur du Fort Boyard ». Si vous ne l’avez pas vu, l’épisode est disponible ci-dessous. L’article et les photos sont publiés dans le journal L’Hebdo de Charente-Maritime (version PDF ici).

Le reportage vidéo

La galerie photos

Les photos à 360°

           Visitez l’intérieur du Fort Boyard à volonté ! C’est encore mieux avec un cardboard ou un casque VR.

Le modèle 3D

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Source du modèle : 3D Warehouse.