Le centre de sauvegarde au secours des animaux

Découvrez le quotidien du centre de sauvegarde de Torsac, où des centaines d’espèces protégées sont soignées chaque année.

             Lorsque vous tombez malade ou que vous vous blessez, vous consultez votre médecin. Pour votre chat, votre chien ou votre rongeur, c’est le vétérinaire. Mais pour une chouette, un hérisson ou une salamandre, vers qui vous tournez-vous ?

             Réponse : un centre de sauvegarde. Il en existe neuf en Nouvelle-Aquitaine, mais celui qui nous intéresse se situe à Torsac, en Charente. Géré par l’association Charente Nature, il accueille plusieurs centaines d’animaux sauvages chaque année, en grande partie des oiseaux.

entrée centre sauvegarde
L’entrée du centre de sauvegarde. Attention, le site n’est pas visitable !

             Mais comme il s’agit d’un centre de soins, il n’est pas ouvert aux visites. Et pour cause : les animaux recueillis ne sont pas habitués à la présence humaine. Déjà stressés par leurs blessures, ils risqueraient de ne pas survivre au passage des visiteurs. Heureusement, Pas Si Secret a pu visiter le centre et découvrir le quotidien des secouristes de la faune sauvage.

Les victimes en soins intensifs

             Tout commence par un coup de téléphone. Un particulier a trouvé une chouette dans sa cheminée alors qu’il vient de rallumer un feu ; un autre a tapé un hibou sur la route ; un autre encore a découvert un hérisson blessé dans son jardin… Inquiets, ils contactent alors le centre de sauvegarde pour savoir quoi faire.

renaud soigneur centre sauvegarde
Renaud est le soigneur du centre de sauvegarde de Charente Nature

             À l’autre bout du fil, Renaud écoute. Il est le soigneur capacitaire du centre, c’est-à-dire que ses compétences ont été reconnues par un jury. Salarié de l’association Charente Nature, il a pour mission de soigner les animaux qu’on lui confie. En collaboration avec un vétérinaire, il commence par diagnostiquer les victimes, afin de savoir si ses blessures sont soignables. Si ce n’est pas le cas, l’animal sera euthanasié pour lui éviter une longue et douloureuse agonie.

             En revanche, s’il y a un espoir, un protocole de soins est établi pour remettre l’animal d’aplomb et lui rendre sa liberté.

             Ainsi, Renaud suit chaque jour le même programme. Il commence par l’infirmerie, où les derniers arrivants sont, en quelque sorte, « en soins intensifs ». C’est la première étape du processus de guérison : les pensionnaires y sont hébergés dans des caisses et des cages abritées de la lumière, pour les rassurer. Tous les matins, le soigneur contrôle leur état et leur poids, nettoie les caisses et remplit les gamelles. Tous les animaux sont également fichés pour assurer un bon suivi médical.

Des parasites dans la gorge

             En ce début février (lors de la visite pour cet article), l’activité est plutôt calme. Renaud doit s’occuper de deux hérissons. Le premier est jeune et en bonne santé, mais il devra finir l’hiver au centre. Le second, en revanche, demande plus d’attention.

             Il s’agit d’un adulte recueilli par un vétérinaire de Barbezieux, dans le sud du département. Il présente d’importantes lésions qui l’empêchaient d’ouvrir correctement les yeux. Après les soins nécessaires, il a été placé à Torsac pour que ses plaies cicatrisent.

hérisson infirmerie
Le hérisson se remet de ses blessures

             Renaud s’occupe ensuite d’un pensionnaire particulièrement intéressant : une chouette effraie. C’est un particulier qui l’a découverte sur un bord de route, affaiblie. Le diagnostic ne montre pas de fracture, mais le rapace souffre d’une infection parasitaire. Des capillaires ont été élu domicile dans son œsophage, ce qui l’empêche de se nourrir correctement.

             Pour les déloger, Renaud doit lui ouvrir le bec afin de les extraire avec une pincette. Mais pour ça, le soigneur a besoin de ses deux mains. Pour manipuler la chouette en toute sécurité, et pouvoir travailler librement, il commence par la saisir au niveau de l’aile et des pattes, pour la bloquer et l’empêcher de se débattre. En effet, les serres des rapaces sont particulièrement aiguisées…

chouette effraie parasitée
Les capillaires sont retirés avec une pincette, avant l’injection d’un antiparasitaire

             Ensuite, Renaud enroule la petite chouette dans une serviette. Ainsi bloquée, elle ne pourra plus s’enfuir, et Renaud pourra tranquillement retirer les parasites et lui injecter son médicament. Une fois les soins prodigués, le rapace retrouve sa cage, couverte d’un linge pour la laisser dans le noir.

Lire la santé dans les crottes

             Lorsque leur état est stable, les animaux quittent l’infirmerie pour les box à l’extérieur. Les oiseaux possèdent leur propre bâtiment où sept enclos peuvent les accueillir. Plus grands que leurs caisses à l’infirmerie, ces box fermés leur permettent de se rétablir tranquillement et de commencer leur rééducation. Si possible, ils sont placés avec d’autres congénères pour les rassurer.

faucon centre sauvegarde
Un faucon se remet d’une fracture dans l’un des box
circaète jean leblanc
L’un des pensionnaires les plus illustres du centre : un circaète Jean Leblanc

             Chaque jour, Renaud leur rend visite pour contrôler leur état et leur donner à manger. Pour les rapaces, il s’agira de viande, comme leur régime alimentaire à l’état sauvage. Pour les autres oiseaux, ce sera des graines. Le menu varie en fonction des besoins et des espèces, ce qui demande beaucoup de connaissances sur la faune sauvage.

             Ensuite, direction les parcs à hérissons. Il en existe deux sortes : les enclos extérieurs, où sont placés les adultes ; et les box dans un bâtiment, surtout occupés par des jeunes

parcs hérissons
Les parcs à hérissons

             Tout comme l’infirmerie, le soigneur nettoie les enclos et remplit les gamelles. Il en profite également pour contrôler la santé des mammifères grâce à leurs crottes. En effet, leur consistance en dit long sur la santé des pensionnaires : bien formées, elles indiquent la santé ; liquides et vertes, elles montrent un problème.

S’entraîner avant le départ

             Dernière étape pour les pensionnaires du centre : les volières. Après leur convalescence, les oiseaux sont placés dans de longues tentes grillagées afin de se remuscler et de s’entraîner au vol. C’est un passage essentiel pour eux : tant que le vol, l’équilibre ou les réflexes ne sont pas bons, les animaux ne peuvent pas être relâchés, car leurs chances de survie seraient basses.

volière chouettes effraies
L’une des volières, qui abrite deux chouettes effraies
hibou moyen duc volière
Un hibou moyen-duc s’entraîne au vol dans une volière

             Le centre possède dix volières, dont une plus grande pour les oiseaux plus imposants. Différentes structures y sont installées pour faciliter l’entraînement des volatiles, comme des barres en bois et des poteaux, mais aussi des cabanes pour qu’ils puissent se cacher. En cas de besoin, des petits bassins d’eau peuvent être installés pour les oiseaux aquatiques, notamment les canards.

             Lorsque tous les feux sont au vert, il est temps de rendre leur liberté aux animaux. Renaud commence par capturer l’heureux élu. Il l’emmène ensuite à l’infirmerie pour un dernier contrôle, notamment du poids, avant de le relâcher.

capture chouette relâcher
La chouette est capturée dans un filet avant d’être contrôlée une dernière fois à l’infirmerie

             Là encore, tout dépend de l’espèce. Si l’animal a besoin d’un lieu précis, comme un plan d’eau ou une zone particulière de chasse, il sera relâché sur place. Mais la plupart du temps, les pensionnaires sont remis en liberté directement depuis le centre : libre à eux de se déplacer et de retrouver un territoire, parfois loin du lieu qui les a guéris.

relâcher chouette effraie
La chouette effraie retrouve sa liberté, après plusieurs semaines de convalescence au centre de sauvegarde
C’est quoi, Charente Nature ?

             Si Renaud gère le quotidien du centre, il n’est pas le seul à le faire fonctionner. Le site est géré par Charente Nature, une association de protection et d’éducation à l’environnement. Le directeur de l’association, ainsi qu’un groupe d’administrateurs et de bénévoles, ont pour tâche de développer le centre de sauvegarde et de l’améliorer.

centre sauvegarde torsac
Le centre de sauvegarde de Charente Nature, à Torsac

             Pour épauler Renaud, le centre peut aussi compter sur une armée de bénévoles. Il en existe deux sortes : les aides-soigneurs, formés pour l’assister dans les soins aux animaux ; et les rapatrieurs, qui sont les plus nombreux. Leur rôle est essentiel : lorsqu’un particulier trouve un animal mais ne peut pas l’amener à Torsac, ces bénévoles jouent les ambulanciers pour déposer les victimes au centre.

             Au total, Charente Nature compte une cinquantaine de bénévoles. Mais comme il n’y en a jamais assez, surtout dans le nord Charente et en Dordogne, toute aide est la bienvenue.

centre sauvegarde panneau

             Enfin côté financier, le centre est soutenu par les collectivités publique, notamment la Région Nouvelle-Aquitaine et le Département de la Charente. La fondation Lisea Biodiversité, qui vise à compenser les impacts de la LGV sur l’environnement, fournit également de l’équipement, notamment l’unité de convalesence.

             Mais les dons constituent une source essentielle de revenus et de matériel. Outre les dons d’argent, le centre peut fonctionner grâce aux dons de nourriture et de matériel, utiles pour ses missions quotidiennes. Si vous souhaitez aider l’équipe, vous trouverez les liens juste en-dessous.

Infos pratiques

Centre de Sauvegarde de Charente Nature

Tél. : 05 45 24 81 39

Mail : charentenature@charente-nature.org

www.charente-nature.org

Pour faire un don : www.helloasso.com/associations/charente-nature

Le reportage vidéo

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