Jeunes hérissons en danger ! – Les Secouristes de la faune sauvage #2

Au centre de sauvegarde, le printemps est la période où de nombreux jeunes hérissons en détresse sont sauvés, mais aussi le début d’une forte hausse d’activité.

             Alors que le soleil fait son grand retour et que le déconfinement va permettre à des millions de personnes de partir en vacances, il y a un endroit où c’est l’exact opposé qui va se produire. Au centre de sauvegarde de Torsac, en Charente, on ne parlera pas de “vacances” avant au moins la fin août, car les beaux jours annoncent une forte hausse d’activité pour les soigneurs.

             En effet, le printemps correspond à la saison où de très nombreuses espèces se reproduisent. C’est une période critique pour le centre puisqu’en plus des adultes accidentés ou en détresse, s’ajoutent les petits tombés du nid, orphelins ou prédatés.

            Et ils se comptent par dizaines. Beaucoup de dizaines.

jeune hérisson centre sauvegarde
Une portée de jeunes hérissons arrivée au centre de sauvegarde en mai 2020
Des bébés à ne plus savoir quoi en faire

             Quand j’écris “des dizaines de dizaines”, je suis encore loin de la réalité. Pour vous donner une petite idée, rien qu’en mai 2020, le centre a accueilli 117 animaux, ce qui en fait presque quatre par jour. Sur toute l’année 2019, il en avait reçu 645, et plus de 750 en 2018.

mammifères centre sauvegarde
Si le centre accueille énormément de jeunes hérissons,
il reçoit aussi quelques petits écureuils

             Comment peut-on atteindre un aussi grand nombre en si peu de temps ? Réponse : le mode de reproduction des animaux… et les humains.

             En cette période de l’année, le centre reçoit majoritairement des mammifères, environ 70 sur les 117 accueils mentionnés. Et parmis ces 70 mammifères, on compte 63 hérissons. C’est là que se trouve le secret de cette forte hausse d’activité : les mères donnent naissance à des portées de quatre ou cinq petits. Il suffit d’en recevoir deux ou trois par semaine et tada! : l’infirmerie est déjà bien remplie.

             Mais contrairement à un printemps ordinaire, le centre a reçu plus de hérissons que d’oiseaux cette année. L’une des causes possibles est le confinement, qui a contraint la quasi-totalité de la population à rester à la maison. Beaucoup ont donc jardiné ou nettoyé leurs terrains, dérangeant au passage des familles de hérissons cachées sous des tas de feuilles ou de branches. Et si une portée est trop dérangée, il y a de fortes chances que la mère abandonne ses petits… d’où les accueils au centre de sauvegarde.

examen hérisson centre sauvegarde
Anna examine un hérisson déposé au centre à la fin mai
Des bouches à nourrir toute la journée

             C’est ce qui explique que le centre effectue moins de soins, mais plus d’élevage au printemps. Les petits qui arrivent sont généralement en bonne santé, mais ils ne sont pas suffisamment grands pour se débrouiller seuls dans la nature. Alors toute la journée, il faut nourrir ces dizaines de bouches. Et ça représente énormément de travail : rien que pour les jeunes hérissons, il faut un nourrissage toutes les trois heures, six fois par jour, de 8h à 23h. Dimanche et jours fériés inclus, bien entendu.

nourrissage hérissons infirmerie
Anna et Renaud en train de nourrir des jeunes hérissons

             Heureusement, Renaud Vauchot, le soigneur, n’est pas seul. Pour l’épauler pendant la haute saison, il est rejoint par Anna Rozier, qui l’aidera pour les nourrissages et le nettoyage des caisses, mais aussi pour le conseil au téléphone, l’administratif, les soins, le contrôle des oiseaux… Un renfort essentiel pour faire face à cette soudaine vague d’accueils.

             Heureusement pour l’équipe, le nourrissage diffère selon l’âge des petits. Lorsque les mammifères sont vraiment jeunes, il faut les prendre chacun leur tour et commencer par leur frotter les parties génitales, comme le ferait leur mère dans la nature. Cela permet de démarrer leur système digestif, leur fait faire leurs besoins et les aide à mieux digérer. Ensuite, il faut les nourrir à l’aide d’une pipette avec un lait très riche et du réhydratant, avant de les frotter une deuxième fois.

jeune hérisson nourri infirmerie
Un très jeune hérisson nourri grâce à une pipette

             Face à des ados, la technique est différente. Cette fois, la nourriture est disposée dans des gamelles, comme pour des adultes. Mais le défi est de réussir à les faire manger seuls, comme dans la nature. Pour cela, les soigneurs leur donnent de la pâtée vétérinaire A/D, plus riche que son équivalent commercial ; de la pâtée pour chat, plus appétante ; ainsi que des vers de farine, qui gigotent et doivent déclencher leur instinct naturel de chasse.

           Après l’habituel nettoyage des caisses et la pesée, les jeunes sont replacés près des gamelles pour les inciter à manger. Ils finiront par prendre l’habitude puis, passé un certain poids, ils pourront sortir dans les box extérieurs, dernière étape avant leur remise en liberté.

             Vous vous en doutez, ces petits sont encore fragiles. C’est pourquoi les plus jeunes sont placés dans une éleveuse, une caisse dans laquelle les soigneurs peuvent régler précisément la température et le taux d’humidité. Les autres sont réchauffés à l’aide de lampes chauffantes ou de galettes chauffantes, des sortes de bouillottes rondes qui conservent la chaleur pendant plusieurs heures.

             Enfin, il faut savoir que l’infirmerie entière est chauffée pour éviter les chocs thermiques lors des nourrissages et de la pesée.

éleveuse et caisses chauffées jeunes hérissons
À gauche, l’éleveuse ; à côté, deux caisses munies de lampes chauffantes,
de même qu’en bas à droite
Boule, oui ; caresses et surnoms, non

             La difficulté lors de cette période est de réussir à conserver l’instinct sauvage des hérissons, surtout chez les bébés. Le but du centre de sauvegarde est de les faire retourner à la vie sauvage, pas de les élever pour les garder. C’est pourquoi les soigneurs s’interdisent tout geste d’affection : pas de caresses, pas de petit nom, pas de contact prolongé. Ça peut paraître difficile quand on voit ces petites bouilles, mais leur survie en dépend.

             La plus grande réussite des soigneurs, c’est quand un jeune hérisson se méfie d’eux et se met en boule quand ils sont manipulés, comme à l’état sauvage. C’est d’autant plus difficile que certains ont été biberonnés par Renaud et Anna, mais si les contacts ont été suffisamment réduits, l’instinct sauvage prend vite le dessus. En revanche, cela complique les choses pour les attraper afin de les peser ou de nettoyer leurs caisses. D’où l’utilisation de gants épais.

gif hérisson en boule
Mission accomplie pour ce petit qui se met en boule quand Anna l’attrape

             D’ailleurs, dans une portée où tous les petits se ressemblent, il est difficile de savoir qui est qui pour le suivi. Heureusement, Renaud et Anna ont leur technique : un petit coup de vernis sur le dos et le tour est joué ! L’avantage de cette technique, c’est que les hérissons ne peuvent pas se lécher à cet endroit et que le vernis finit par partir.

vernis hérissons
Chaque hérisson d’une portée possède pour sa couleur, pour les reconnaître
et assurer un bon suivi

             Mais il y a des moments ou cet instinct pose problème. Quand un adulte blessé arrive au centre et qu’il faut lui faire des soins, la boule de piquants devient un sacré challenge. Mais là encore, les soigneurs ont une parade pour les débouler : leur faire faire des petits bonds dans les mains ! Cela permet de les “ouvrir”, de les rattraper avant qu’ils ne se replient, puis de faire les soins nécessaires. Mais cette botte secrète est utilisée avec parcimonie, pour que l’animal ne prenne pas l’habitude et reste en boule malgré tout.

Et les oiseaux dans tout ça ?

             S’il a surtout été question des jeunes hérissons dans cet article, c’est qu’ils représentent une très grande partie de l’activité printanière. Mais le centre continue d’accueillir des oiseaux, qu’il s’agisse de petits tombés du nid ou d’adultes blessés, de passereaux ou de rapaces. En plus des soins, ces animaux demandent plus de travail aux soigneurs car leur remise en liberté ne dépend pas que de leur poids et de leur autonomie : leur vol, leur plumage et leur comportement sont absolument essentiels.

             Mais il y a tellement à dire à ce sujet que ce sera le thème du prochain article !

contrôle plumage faucon
Contrôle du plumage d’un faucon hobereau… pour la prochaine fois !
Infos pratiques

Centre de Sauvegarde de Charente Nature

Tél. : 05 45 24 81 39

Mail : charentenature@charente-nature.org

www.charente-nature.org

Pour faire un don : www.helloasso.com/associations/charente-nature

Le reportage vidéo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *