Que deviennent les oiseaux d’un centre de sauvegarde ? [1/2] – Les Secouristes de la faune sauvage #3

             En 2019, le centre de sauvegarde de Charente Nature a accueilli 429 oiseaux en détresse. Un chiffre impressionnant qui s’explique par les beaux jours, lorsque de nombreuses espèces nichent pour se reproduire. Les jeunes sont alors très nombreux, mais aussi victimes de plusieurs dangers : chute du nid, prédation, canicules, maladies… Et c’est ainsi que le centre de sauvegarde se retrouve avec des dizaines d’individus, trouvés par des gens dans leur jardin, dans la rue ou dans la nature.

            Mais savez-vous ce que deviennent ces oiseaux, une fois déposés au centre de sauvegarde ? Entre les martinets compliqués à nourrir, les tests de vols stricts et les inévitables décès (certains injustes), le séjour de ces animaux est souvent long et complexe. En voici un aperçu.

Le martinet, recracheur en série

           Le printemps et l’été en centre de sauvegarde peuvent être résumés en deux mots : “martinets” et “hirondelles”. Ce sont en effet les deux espèces le plus souvent accueillies. En 2019, sur les 429 oiseaux reçus, 46 étaient des hirondelles… et 125 des martinets noirs. Soit 40% des volatiles.

           Et comme rien n’est jamais simple, il s’avère que les martinets sont des oiseaux très compliqués à maintenir en soins. La raison ? Ils passent leur temps à recracher la nourriture donnée par les soigneurs. Peu importe qu’ils aient faim ou non : les adultes ne supportent pas d’être nourris. Les soigneurs doivent donc glisser la nourriture (des grillons, à Charente Nature) directement dans le jabot avec une pince à épiler. Et espérer qu’ils y restent.

martinet noir recrache centre de sauvegarde
Un martinet noir recrache les grillons donnés par Anna, la soigneuse de Charente Nature

          Les martinets sont des oiseaux qui passent leur vie en vol. En trouver un au sol n’est pas normal : dans le cas des adultes, il s’agit souvent d’une collision contre une vitre. Les jeunes, eux, sont abrités dans leurs nids sous les toitures, mais les fortes chaleurs transforment leur repaire en véritable fournaise, ce qui les pousse à sauter du nid pour chercher de l’air. Dans tous les cas, un martinet au sol est incapable de s’envoler à nouveau.

          L’autre oiseau “phare” des centres de sauvegarde, c’est l’hirondelle. Charente Nature reçoit principalement deux espèces : l’hirondelle rustique, dont le cou est rouge, et celle de fenêtre dont le ventre est blanc. Là encore, les jeunes accueillis sont souvent tombés après avoir tenté d’échapper à la chaleur, mais il arrive aussi que le nid entier tombe. Heureusement, les hirondelles sont de soiseaux plus simples à gérer puisqu’elles avalent leur nourriture sans problème.

hirondelle rustique nourrissage centre de sauvegarde
Une jeune hirondelle rustique nourrie par Anna
Remplacer les parents

         Au début du printemps, le centre reçoit une très jeune mésange bleue, trouvée sur un chemin. À cet âge, l’oiseau ne devrait pas être hors de son nid. Pour assurer son développement, les soigneurs la placent dans une éleveuse, une caisse spéciale où la température et le taux d’humidité peuvent être réglés précisément. Une façon de reproduire la chaleur du nid, en somme.

        Mais qui dit oisillon dit nourrissages très réguliers. Pour les jeunes passereaux, comme la mésange, la pause repas se fait toutes les heures en alternant entre des croquettes réhydratées et des vers de farine. Lorsque la mésange grandira et qu’elle commencera à se percher, les soigneurs pourront espacer les nourrissages et lui présenter des vers vivants, afin de stimuler son autonomie avant de la relâcher.

Mésange bleue éleveuse centre de sauvegarde
La jeune mésange bleue trouvée sur un chemin. La lumière rouge est due à une lampe chauffante

         En plus des nourrissages toutes les heures, la mésange présente un autre souci : il faut percer régulièrement son emphysème, une poche d’air qui se forme sous la peau et qui peut l’handicaper. Mais malgré les efforts de Renaud et d’Anna, la petite mésange a fini par succomber.

La mort au quotidien

         Bien que triste, c’est aussi la réalité d’un centre de sauvegarde : tous les pensionnaires ne survivent pas à leur séjour. La mort fait partie du quotidien : certains animaux recueillis sont blessés trop gravement et décèdent malgré les soins. D’autres survivent, mais les dégâts ou la souffrance sont trop importants pour espérer les relâcher. Le vétérinaire décide alors de les euthanasier, pour éviter de prolonger leur agonie. Une réalité pas toujours facile à vivre pour les soigneurs, et qui concernait 42% des animaux recueillis en 2019.

        Et parfois, la situation semble encore plus injuste. En début d’année, le centre a recueilli une buse variable très mal en point. Le rapace a été abattu par un coup de feu (alors qu’il s’agit d’une espèce protégée), et il est arrivé au centre avec l’aile droite cassée en plusieurs morceaux. Malgré les soins, les os ne se sont pas soudés correctement : le radius et le cubitus, qui doivent rester bien séparés, se sont joints. Et pour ne pas arranger les choses, le cal osseux est très proche du poignet, ce qui lui fait perdre de la mobilité.

radio buse plombée
La radio de la buse. On voit l’aile endommagée à droite

         Après de nombreuses semaines de soins et de rééducation, la buse a fini par se remettre d’aplomb. Malheureusement, les séquelles sont bien là : son aile pend en permanence, elle risque donc de se l’abîmer en marchant dessus. Et même si elle parvient à voler, ce n’est pas parfait car le cal osseux lui a fait perdre beaucoup de mobilité.

         Pour Renaud, le soigneur capacitaire du centre, le constat est dur : la buse ne pourra certainement pas être relâchée et elle devra être euthanasiée. Le centre ne peut pas héberger un individu toute savie, surtout s’il a connu la vie sauvage, et les chances de survie du rapace dans la nature sont visiblement très faibles. Les tests de vol et une prochaine rencontre avec le vétérinaire scelleront le sort de la buse.

buse plombée aile pend centre de sauvegarde
La buse et son aile qui pend
Au taquet pour apprendre à chasser !

         Ces cas difficiles sont toutefois contrebalancés par les bonnes nouvelles. Au printemps, beaucoup de jeunes rapaces sont reçus au centre de sauvegarde après être tombés de leur nid, avoir été blessés ou tout simplement par ignorance des particuliers. Ainsi début mai, Charente Nature a accueilli deux oisillons très particulier : une buse et une chouette effraie.

Buse et chouette effraie centre de sauvegarde
Les jeunes buse et chouette effraie
isolées dans les unités de convalescence en attendant de grandir

         Contrairement à la petite mésange, ces deux oisillons sont plus simples à gérer pour le centre de sauvegarde. La buse est capable de se nourrir seule : les soigneurs n’ont qu’à découper des morceaux de viande et les lui déposer dans son box. Le rapace reste seule toute la journée, ce qui limite les contacts avec les humains. Petite astuce : un miroir est installé avec elle pour qu’elle s’habitue à ses congénères grâce à son reflet. Pratique !

         Cet isolement, la chouette effraie ne le connaîtra pas. Une autre effraie, sensiblement du même âge, a été reçue au centre et elle viendra lui tenir compagnie. Les deux rapaces ont été déplacés dans une volière et visiblement, le travail des soigneurs a porté ses fruits : les deux chouettes soufflent lorsque leur box est ouvert, et elles cherchent à se défendre ou s’enfuir.

chouettes effraies centre de sauvegarde
Les deux jeunes chouettes effraies dans leur box,
qui réagissent “bien” face aux humains puisqu’elles cherchent à se défendre

        Une fois en âge d’apprendre à chasser, Renaud et Anna passeront à l’étape suivante : l’ouverture du taquet. C’est justement ce qu’a vécu une chouette hulotte après son séjour au centre de sauvegarde. Le principe est simple : le rapace est testé dans sa volière pour voir s’il est capable de chasser. Ensuite, c’est l’exercice grandeur nature… littéralement.

        En effet, les soigneurs ouvriront le taquet, une trappe qui permet aux oiseaux d’aller et venir entre leur volière et la nature. de la nourriture y est déposée chaque jour pour permettre aux volatiles de s’alimenter, el temps qu’ils réussissent à chasser. Et lorsque la nourriture du centre reste sur le taquet, c’est le signe que le rapace a pris son indépendance. Le taquet est donc fermé, en attendant le pensionnaire suivant.

piège photo taquet hulotte
Capture d’un piège vidéo face au taquet d’une chouette hulotte,
au centre de sauvegarde de Charente Nature
Les tests de vol et de plumage

       Même si les beaux jours apporte de nombreux jeunes au centre, beaucoup d’adultes attendent leur retour à la vie sauvage dans les volières. Mais avant de la retrouver, chacun d’entre eux doit passer une série de tests pour être sûrs qu’ils pourront survivre dans la nature. Parmi ces tests, il y a le contrôle du plumage et celui du vol. Et pour certains rapaces, il faut que tout soit parfait, car leur vie en dépend. Rien de moins.

       Mais ce sera pour le prochain article, car il y a énormément de choses à dire ! Rendez-vous la semaine prochaine pour savoir comment s’effectuent ces tests, autant pour de soiseaux que pour des chauve-souris ! Et une bonne surprise vous attend également… À la semaine prochaine !

Infos pratiques

Centre de Sauvegarde de Charente Nature

Tél. : 05 45 24 81 39

Mail : charentenature@charente-nature.org

www.charente-nature.org

Pour faire un don : www.helloasso.com/associations/charente-nature

Le reportage vidéo

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