Que deviennent les oiseaux d’un centre de sauvegarde ? [2/2] – Les Secouristes de la faune sauvage #3

             On l’a vu dans la première partie de cet article (disponible ici), le printemps marque le début de la haute saison pour les centres de sauvegarde. Beaucoup d’animaux se reproduisent, et de nombreux jeunes finissent inétablement blessés ou en détresse… et donc entre les mains des soigneurs et soigneuses.

            Une fois guéris et remis sur pattes, les animaux peuvent donc être relâchés. Pour les hérissons, c’est le poids et la santé qui conditionne le retour à la vie sauvage. Mais pour les oiseaux, vous vous en doutez, c’est un peu plus compliqué. Le poids et la santé sont importants, bien entendu. Mais le plumage et le vol doivent être minutisueemnt contrôlés pour assurer la survie des pensionnaires. Et pour certains, tout doit être parfait car leur vie en dépend.

Chouettes déplumées

             Dans les volières, beaucoup d’oiseaux (surtout des rapaces) attendent de retrouver la vie sauvage. Mais il ne suffit pas d’être guéri pour quitter le centre. Renaud et Anna, les soigneurs de Charente Nature, font passer des tests rigoureux aux oiseaux pour êtres certains qu’ils pourront survivre dans la nature.

             Le premier de ces contrôles, c’est celui du plumage. C’est certainement la vérification la plaus importante : un plumage abîmé ou incomplet empêchera l’oiseau de voler correctement (ou l’empêchera de voler tout court), donc d’échapper à ses prédateurs ou de chasser sa nourriture.

             Et c’est justement le cas d’une chouette chevêche, tombée dans une cheminée allumée en décembre 2019. Son cas avait été évoqué dans le premier épisode de cette série : les habitants ont pu la sortir très rapidement, mais le rapace a quand même eu quelques plumes brûlées. Presque six mois plus tard, le plumage a du mal à se reconstituer. Les plumes abîmées avaient été arrachées pour stimuler la repousse, mais elles tardent à se montrer et la chouette vole à peine.

contrôle plumage cheveche
Anna contrôle le plumage d’une chouette chevêche
tombée dans une cheminée en décembre 2019

             Cette mésaventure, c’est aussi l’histoire d’une chouette hulotte. Mais cette fois, le rapace est resté coincé une semaine dans un conduit d’aération. Elle est arrivée très maigre au centre de sauvegarde, avec les poignets et les plumes de queue abîmés. Là encore, il faut attendre que les plumes manquantes repoussent, mais la chouette arrive à voler à peu près correctement.

Greffe de plumes

             Chez les grands rapaces, le manque de plumes est encore plus visible. Vous vous rappelez du circaète Jean-le-Blanc, ce rapace à qui il manquait des plumes découvert dans le premier épisode de cette série ? Trois mois après notre première rencontre, il a pu quitter l’unité de convalescence pour la grande volière, où il peut se remuscler et s’entraîner au vol.

             En tout cas, il va essayer. Les plumes ont commencé à se renouveler, mais ça ne va pas assez vite au goût de Renaud. Surtout pour les rémiges primaires, les grandes plumes au bout des ailes, qui ne se sont pas renouvelées : « C’est la question qu’on se pose en fait : si on arrache celles-là maintenant, on est obligés d’attendre qu’elles repoussent. Et si ça ne repousse pas aussi vite qu’on voudrait, on va être forcément embêtés« .

circaete plumage centre de sauvegarde
Anna et Renaud examinent les plumes du circaète pour suivre leur repousse

             Pourquoi ? Parce que le circaète est un oiseau migrateur et qu’il entame son voyage à la fin de l’été. Le problème ici, c’est que le spécimen du centre de sauvegarde est arrivé jeune l’an dernier : il n’a jamais fait de migration. Pour préserver instinct et assurer sa survie, il faudrait le relâcher bien avant le départ de l’espèce.  « Il faut qu’il ait le temps de rester un peu sur le secteur où on va le relâcher, qu’il puisse se nourrir etc., avant d’entamer son voyage, explique le soigneur. Comme il n’a jamais fait de migration, il a passé l’hiver ici. On aimerait qu’il s’habitue déjà à son environnement avant de partir en migration« .

             C’est pourquoi l’équipe envisage une solution étonnante : la greffe de plumes. Il s’agit d’une opération simple en théorie, mais assez complexe en pratique. Vous pouvez en voir le déroulé dans cette vidéo du centre de sauvegarde Hegalaldia, à Ustaritz.

             L’enture (le nom de cette opération) consiste à insérer une fibre de carbone avec de la super glu dans le tube d’une plume neuve. Ensuite, on coupe la plume endommagée sur l’oiseau en laissant une partie du tube, puis on y insère la plume neuve, avec de la super glu encore. De cette façon, la plume tient en place et lorsque le rapace fera sa mue, le tube greffé tombera et laissera la place à une plume entièrement neuve. La difficulté, pour les soigneurs, est de positionner correctement la plume greffée, notamment son angle, pour ne pas gêner le vol de l’oiseau.

enture centre de sauvegarde
Extrait de la vidéo d’une greffe de plumes sur un gypaète barbu
© Association Hegalaldia

             En greffant de nouvelles rémiges au circaète, l’équipe espère pouvoir le relâcher rapidement pour qu’il puisse s’habituer àa la vie sauvage, avant de suivre ses congénères pour sa migration. Une manière de contrôler temporairement le cycle naturel de sa mue, en quelque sorte.

Bec ouvert, le signe qui trompe

            Toujours chez les rapaces, un autre cas inquiète Renaud. Il s’agit d’un faucon hobereau arrivé au centre avec une fracture proche de la main. La blessure est désormais guérie mais il reste une grosseur qui gène l’oiseau dans son vol. Il faudra attendre que son plumage soit à nouveau complet pour voir comment il se débrouille, mais rien n’est garanti selon le soigneur.

faucon hobereau grosseur
Le faucon hobereau et sa grosseur au niveau de la main

             D’ailleurs, avez-vous noté comme le faucon ouvre le bec sur la photo ci-dessus ? C’est un comportement régulièrement observé chez les rapaces en détresse. Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas parce qu’ils ont soif, mais c’est un signe de stress. Si vous trouvez un rapace avec le bec ouvert, n’essayez pas de lui apporter de l’eau : c’est plutôt votre présence qui l’angoisse, puisqu’ils ne sont pas habitués aux humains. Contactez plutôt un centre de sauvegarde pour savoir quoi faire, ou regardez ce guide vidéo sur la page de Charente Nature.

circaete bec ouvert
Le circaète Jean-le-Blanc du centre de sauvegarde,
le bec ouvert face aux soigneurs après le contrôle de ses plumes
Contrôle de vol

             Après quelques semaines de soins et de repousse de plumes, certains oiseaux sont enfin prêts à retourner à la vie sauvage. Mais ils doivent passer un dernier test avant d’avoir le feu vert des soigneurs : le contrôle de vol. En effet, il ne suffit pas de savoir voler : encore faut-il voler correctement car pour certains rapaces, un vol parfait est obligatoire pour survivre.

             C’est le cas du faucon hobereau, qui chasse les gros insectes et les petits oiseaux. Pour cela, il doit faire des pointes de vitesse agiles et précises. La moindre imperfection pourrait le faire dévier de sa trajectoire, et une collision à haute vitesse lui serait fatale.

envol faucon hobereau centre de sauvegarde
Envol d’un faucon hobereau. Notez sa vitesse !

             Pour faire ces tests de vol, Renaud se place au fond de la volière et pousse l’oiseau à s’envoler sur toute la longueur. Il peut ainsi observer le mouvement des ailes, les déséquilibres, la façon d’éviter les obstacles, l’endurance etc… Autant d’éléments qui lui indiquent l’état de l’oiseau, et s’il est prêt à retrouver la vie sauvage.

             Le faucon hobereau n’est pas le seul qui a besoin d’un vol parfait. C’est aussi le cas des éperviers, souvent victimes de collisions contre des baies vitrées à cause de l’effet reflet. Pour observer le test de vol d’un épervier au ralenti, commenté par Renaud, c’est par ici !

Sursaut d’espoir pour la buse

            Le même jour que le test de l’épervier, Renaud a contrôlé un autre rapace. Et surprise : il s’agit de la buse promise à l’euthanasie dans le dernier épisode ! Quelques semaines après cette première visite, la situation a évolué pour le volatile. En effet, la buse est capable de voler correctement, même si des défauts sont toujours présents. Extrait du commentaire de Renaud du ralenti vidéo :

Elle est partie d’assez haut. Elle a fait un premier vol où elle est redescendue, et après elle a pu déployer ses ailes de façon quasi-normale puis reprendre de l’altitude et faire un vol plutôt beau. Alors il y a encore pas mal d’efforts à faire. Là, c’est plutôt au niveau de l’endurance. On a vu un seul aller, mais après elle a eu un peu plus de mal. Donc voilà : il faut de l’exercice, de l’entraînement, et je pense que d’ici quelques semaines, voire quelques mois, on pourra voir le résultat en espérant que ce soit mieux.

buse ralenti
Extrait du test de vol de la buse au ralenti,
visible dans la vidéo qui accompagne cet article

           Si tout n’est pas parfait, la buse a quand même de bonnes chances de retrouver la vie sauvage malgré ses défauts de vol, notamment son aile tombante. Renaud détaille : « L’avantage qu’on a, c’est qu’on est sur une buse variable. C’est un oiseau très opportuniste, donc elle n’a pas besoin, comme pour le faucon, d’avoir un vol hyper fluide, hyper parfait. Bien sûr, il faut qu’elle soit tout à fait capable de voler correctement, mais la perfection, ce n’est pas forcément aussi important que sur d’autres espèces« . Une bonne nouvelle qui laisse de l’espoir pour la buse, même si rien n’est joué pour elle.

Il n’y a pas que les oiseaux qui volent !

             Et oui : si les oiseaux sont les animaux dont les soigneurs testent le vol le plus souvent, ils ne sont pas les seuls. Alors sans tricher, qui d’autre est capable de voler sans être un oiseau ?

             La chauve-souris bien sûr ! Même si c’est rare, des particuliers trouvent de temps en temps ces petits mammifères au sol, pour diverses raisons. Mais leur prise en charge est complexe : étant donné leur petite taille, il est difficile de soigner ces animaux, surtout s’ils ont une fracture : « C’est vrai que les chauve-souris, c’est toujours particulier. Ce n’est pas des espèces qu’on a tous les jours, tout le temps. Il y a souvent beaucoup de blessures assez compliquées à gérer, avec notamment les chats et les chiens, des blessures qui ne sont pas soignables« , explique Renaud. Quoi qu’il en soit, les soigneurs s’en occupent, comme cette pipistrelle trouvée au sol en plein soleil.

chauve souris centre de sauvegarde
La pipistrelle s’accroche au filet de la volière lors de son test de vol.
Elle ne vole pas encore très bien et fait des pauses régulières

            À son arrivée, la chauve-souris ne volait pas du tout : dès qu’elle était lâchée, elle tombait au sol. Mais après quelques soins et à force d’entraînement, les premiers progrès apparaissent : la pipistrelle arrive à voler, mais pas longtemps et de manière saccadée. Les soigneurs ont donc poursuivi le travail et quelques semaines plus tard, le vol est parfait : fluide, long et réactif face aux obstacles. « Le vol est très bien, elle arrive très bien à éviter les obstacles, elle est très agile. Ce soir, elles vont pouvoir retourner dehors, et c’est très bien« , se réjouit Renaud. Un animal de plus retourné à la nature grâce aux efforts des soigneurs de Charente Nature.

Infos pratiques

Centre de Sauvegarde de Charente Nature

Tél. : 05 45 24 81 39

Mail : charentenature@charente-nature.org

www.charente-nature.org

Pour faire un don : www.helloasso.com/associations/charente-nature

Le reportage vidéo

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